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Point de vue · Lecture 7 min

Supply chain : le coût réel des silos entre le plan et l’exécution.

Une entreprise qui importe par le Port de Dakar, stocke dans plusieurs dépôts et vend sur tout le territoire vit avec deux supply chains. Celle du plan : prévisions, budgets d’achat, commandes fournisseurs passées des mois à l’avance, en devises. Celle de l’exécution : le conteneur qui attend au port, le camion qui charge, le dépôt qui compte, le commercial qui promet. Entre les deux, des tableurs. C’est là que l’argent se perd, et ce coût n’apparaît sur aucune ligne du compte de résultat.

Point de vue de nos équipes supply chain à Dakar · prise de position, retour d’expérience et recommandations

Nous demandons souvent la même chose à une direction des opérations : « Combien de stock avez-vous, en ce moment, et où ? » La réponse arrive rarement dans la journée. Il faut consolider le fichier du dépôt principal, celui de l’agence de Thiès, l’extraction de l’ERP du siège, la liste des conteneurs en cours de dédouanement et le carnet de commandes des commerciaux. Chacun de ces documents est juste au moment où on l’a produit. Aucun ne l’est au moment où on les additionne. Cette impossibilité de répondre simplement est le symptôme. Le coût, lui, est ailleurs.

Le trajet d’un conteneur, vu de la donnée

Suivons une importation ordinaire. La commande est passée au fournisseur en Asie ou en Europe, en euros ou en dollars, sur la base d’une prévision faite trois ou quatre mois plus tôt. Le navire arrive au Port autonome de Dakar. Commencent alors les délais que tout importateur connaît : le déchargement, la mise à disposition, le dédouanement, les contrôles, l’enlèvement, le transport vers l’entrepôt. Pour la marchandise en transit vers le Mali, la chaîne se prolonge par la route et par une seconde frontière. Chaque étape a sa date prévue et sa date réelle, et l’écart entre les deux se paie : surestaries, détention de conteneurs, magasinage, camions immobilisés.

Regardons maintenant où cette information vit. La prévision est dans le fichier du planificateur. La commande fournisseur est dans l’ERP, ou dans la messagerie. L’avis d’arrivée est chez le transitaire. La date de sortie du port est connue du déclarant. Le dépôt apprend l’arrivée quand le camion se présente. Les commerciaux, eux, continuent de vendre sur la base du stock qu’ils croient disponible. À aucun moment une seule personne ne voit la chaîne entière. Ce n’est pas un problème de compétence. C’est un problème d’architecture d’information.

Les tableurs, entre le plan et l’exécution

Le tableur n’est pas le coupable. Il est le pansement. Il apparaît partout où le système ne suit pas le processus réel : le suivi des conteneurs au port, la répartition entre dépôts, les transferts inter-sites, la réservation de stock pour un gros client, le calcul du prix de revient rendu entrepôt avec le fret, la douane et le change. Chacun de ces fichiers a un propriétaire, une logique et une fréquence de mise à jour. Aucun ne se met à jour quand un autre change. Le plan est fait sur des chiffres vieux d’une semaine ; l’exécution corrige à la main ce que le plan n’a pas vu.

Ce fonctionnement produit trois coûts, tous invisibles au budget. D’abord les ruptures : la référence qui manque au dépôt de Kaolack alors qu’elle dort au dépôt de Dakar, la vente perdue parce que le commercial ne savait pas que le conteneur était sorti du port la veille. Ensuite les surstocks : chaque maillon se protège de l’incertitude des autres en commandant un peu plus, un peu plus tôt. Enfin, et c’est le plus lourd pour une entreprise de la sous-région, l’immobilisation de trésorerie en devises. Un stock importé a été payé en euros ou en dollars, souvent avant l’embarquement. Chaque semaine de trop entre le paiement et la vente est de la trésorerie sortie du pays qui ne revient pas.

Les silos ne se voient pas dans les licences. Ils se voient dans le stock que chacun ajoute pour se protéger des autres, et dans les devises qui dorment dans les conteneurs.

Pourquoi un ERP intégré ne suffit pas toujours

Beaucoup d’entreprises que nous rencontrons ont déjà un ERP. Le plan y est, les achats y sont, la comptabilité y est. Mais les dépôts secondaires travaillent sur un outil à part, ou sur papier. Le suivi portuaire est chez le transitaire. Les commerciaux tiennent leur carnet de commandes dans un fichier ou dans un CRM qui ne connaît pas le stock. L’ERP est intégré ; l’entreprise ne l’est pas. La donnée qu’il contient est juste au siège et fausse sur le terrain, parce que le terrain n’y écrit pas en temps réel.

La réponse n’est donc pas un outil de plus. C’est une décision : un seul jeu de chiffres, alimenté là où les événements se produisent. Le conteneur change de statut quand il sort du port, pas quand la facture du transitaire arrive. Le dépôt enregistre l’entrée au moment du déchargement, pas en fin de semaine. La commande client réserve le stock au moment où elle est prise, pas quand elle est saisie par l’administration des ventes.

Un seul jeu de chiffres

Pour un groupe régional ou une entreprise à plusieurs sites et plusieurs sociétés, SAP S/4HANA porte ce jeu de chiffres unique : achats, importation, stocks multi-dépôts, transport et comptabilité SYSCOHADA dans une même donnée, avec des flux inter-sociétés qui s’enregistrent des deux côtés de la même façon. La valorisation du stock intègre le fret, la douane et le taux de change au moment du dédouanement. Le planificateur travaille sur le stock réel, pas sur une extraction. Pour une PME, Odoo couvre ce périmètre avec une profondeur suffisante et une mise en œuvre plus légère ; nous en parlons dans notre offre SAP · S/4HANA & ERP, qui inclut Odoo pour les entreprises qui ne relèvent pas de SAP.

Le dernier maillon est souvent oublié : la vente. Une commande client prise dans Salesforce doit voir le stock disponible et le stock en cours d’arrivée, et le réserver. Sans cela, le commercial promet ce qu’il n’a pas, ou refuse ce qu’il a. Relier Salesforce Sales Cloud à l’ERP, par MuleSoft ou par les connecteurs standard, est un chantier court comparé à ce qu’il évite : des promesses tenues, des livraisons partielles en moins, et une prévision de ventes qui nourrit enfin le plan d’approvisionnement au lieu de lui être opposée.

Ce que nous recommandons

  • Partir de la chaîne, pas de l’outil. Dessinez le trajet d’un produit, de la commande fournisseur à la livraison client, avec chaque système et chaque fichier traversé. Là où un fichier apparaît, un silo commence.
  • Choisir un système maître par donnée. Le stock a un maître, la commande client a un maître, le statut du conteneur a un maître. Les autres systèmes lisent ; ils ne ressaisissent pas.
  • Faire entrer le port dans le système. Les statuts du transitaire et du déclarant doivent alimenter l’ERP, par interface ou par saisie disciplinée, avec les dates réelles. C’est la seule façon de mesurer les surestaries avant la facture.
  • Valoriser en devise dès l’origine. Le prix de revient rendu entrepôt se calcule dans le système, avec le change du jour de dédouanement, pas dans un classeur en fin de mois.
  • Relier la vente au stock. Le CRM voit le disponible et réserve. La prévision commerciale devient une entrée du plan.
  • Mesurer trois choses. Le taux de rupture, la couverture de stock en jours par dépôt, et la trésorerie immobilisée en devises dans le stock et les conteneurs en cours. Ces trois indicateurs disent si les silos reculent.

Une supply chain sans silos n’est pas une supply chain sans imprévus. Le port aura toujours ses délais et la route ses aléas. Mais quand tout le monde regarde le même chiffre, l’imprévu se gère en heures plutôt qu’en semaines. C’est la conviction de notre expertise supply chain & opérations, et ce que nous mettons en œuvre dans la distribution, le transport et la logistique de la sous-région.

Du plan à l’exécution

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